Textes

Demain peut-être

Le bus est plein de gens
Qui s’usent en attendant
Le bus qui en passant
Va suivre le bus qui suivait le suivant
Je jette un autre mégot
Regrette mes vieux Lego
En miette dans les tableaux
De mon enfance qui part en lambeaux
J’attends un peu tout le temps
Que passe le mauvais temps
Sans casse et sans élan
Je voudrais mûrir mais j’veux pas être grand

Demain peut-être

Pourquoi toujours courir
À quoi bon se tenir
Bien droit, on va finir
Plié en quatre dans une boite à souvenir
Alors moi je m’ennuie
Je dors jamais la nuit
Je mords fort le tapis
Pour être sûr que personne n’entende mes cris
Et seul, je traîne en ville
Et seul je traîne ma lie
Et seul je me failli
En attendant de faire un truc de ma vie

Demain peut-être

Je panne, je fane, j’enflamme les restes de mon crâne
Je plane, je vanne, je drame je suis un rocket man
Dans les étoiles je mets les voiles sous explosion
Kamikaze je m’envoie en l’air sous perfusion
Kamikaze, kamikaze, kamikaze

Demain peut-être

Ici

Les postes et les réseaux s’excitent
De lune en lune de jour en jour
Petite masturbation publique
Au son bruyant des tambours
Les infos passent et défilent
Toujours plus toujours plus
Espèce de boulimie débile
Grande jouissance des flux
Les présentateurs présentent
Des spécialistes qui spécialisent
La dernière news terrorisante
Entre crise et reprise
Faux débats, fausses rebellions
Un vide toujours plus vide
Au fin fond des tréfonds
Le sang paraît livide

Ici sens-tu la guerre ?
Ici vois-tu la mort ?
Entends-tu qui nous appelle ?
Le hurlement des cors

De commentaires en commentaires
Fais-moi peur, fais-moi peur
Tous ces vendeurs de misères
Une guerre au fond du cœur
Toujours les mêmes questions-réponses
République jetée au feu
Pour des questions, pour des mensonges
Et puis Dieu, et puis Dieu
Quand sur les places des mondes
Saignent les plaies silencieuses
Des foules moribondes
De bombes et des berceuses

Ici sens-tu la guerre ?
Ici vois-tu la mort ?
Ressens-tu qui nous entraine ?
Le bousculement des corps

Ici sens-tu la guerre ?
Ici vois-tu la mort ?
Le sens-tu, le gout amer
De l’écœurant décor ?

Insomnie

Elle joue avec sa cigarette
En pensant que le temps s’arrête
Comme si demain n’existait pas
Elle tue d’un air d’insatisfaite
Toutes les figures indiscrètes
Qui s’échouent dans son regard froid
Elle fait comme si rien n’était grave
En portant le monde en épave
Avec son sourire en fossette
Mais je sais que son cœur est lourd
Sous les cris du compte à rebours
Qui lui rappelle que tout s’arrête

Nous parlons un peu tous les deux
Et nous savons qu’on n’y peut rien
Personne ne sait si c’est un jeu
Auquel on peut perdre à la fin

Laurène ne dort plus la nuit
De peur que les bandits
Lui volent ses désirs
Et moi je veille sur elle
Éphémère sentinelle
De ses insomnies

Elle traîne comme une devinette
Jouant de sa chevelure secrète
Pour disparaître inaperçue
Elle se donne aux lumière des fêtes
Pour éviter les marionnettes
Qui lui reprochent d’être déçue
Elle voudrait la révolution
Sortir un peu de sa prison
Là où les étoiles s’entêtent
Mais puisqu’ici tout tourne en rond
Elle se perd dans les environs
En se rappelant que tout s’arrête

Nous parlons un peu tous les deux
Et nous savons qu’on n’y peut rien
Personne ne sait si c’est un jeu
Auquel on peut perdre à la fin

Laurène ne dort plus la nuit
De peur que les bandits
Lui volent ses désirs
Et moi je veille sur elle
Éphémère sentinelle
De ses insomnies

Immobile est la Terre

Comme une ombre au-dessus des aurores boréales
Nous mordons sur le temps nos angoisses abyssales
Attirés par le vide qui git au fond de nous
Nous valsons comme des morts sur un air de dégoût
Regardez nous danser, regardez nous saigner
Regardez-moi me tordre avec vos yeux viciés
Sur mes pieds de géants emballés de terre cuite
Je cherche dans vos yeux de quoi prendre la fuite

Mais y’a rien à faire
Immobile est la Terre
Comme un caillou perdu
Pour nos esprits vaincus

Gravitation éclose de nos cœurs d’implosion
Nous grattons le monde de nos ongles en fusion
Pour s’abriter un peu des horizons perdants
Qui glissent lentement vers un ciel trop grand
Où je cherche encore, quelques fois une épaule
Pour m’appuyer parfois, quand je perds le contrôle
Je suis seul et j’ai peur comme une feuille morne
Qui dans le vent du nord voit s’approcher l’automne

Mais y’a rien à faire
Immobile est la Terre
Comme un caillou perdu
Pour nos esprits vaincus

Il y a l’information
Et le risque d’explosion
Les messages dans le vide
Et mon cœur en charbon
Il y a le silence
Les désirs d’arrogance
Et nos visages livides
Coupables de nos errances
Élancé vers tes yeux
J’ai trouvé sous les cieux
Juste de quoi patienter
Que se réveillent les Dieux
Pour pouvoir vaincre à deux
Les empires silencieux
Se reposer un peu
Dans le mystère des cieux
Mais y’a rien faire
Immobile est la Terre
Et nos amours perdus
Se donnent à la poussière

La Guerre c’est la Paix

Ça monte, ça descend, ça ne s’arrête pas
L’air est affolé, il fuit quelque part
La liberté est une putain futile
Disent-ils, disent-ils, disent-ils, disent-ils, disent-ils
Dis, tu les crois toi ? on ne croit plus rien
Que les fils que vient couper le destin
Dans la poigne lâche tendue par un couard
Aux tendres, aux tendres, aux tendres des poignards
Tu me prends, tu me piques, tu m’asphyxies
On se joue, on se roue, on s’émancipe
L’air est froid, il rampe et nous tient et puis
Ce bruit, ce bruit, ce bruit

Comme une odeur de drogue dans tes yeux de laine
Un poison violent qui rampe dans nos veines
On se drague, on se drame, on se crame
Et la nuit met les voiles
La guerre c’est la paix

Et ça s’en revient et ça s’en repart
L’air est énervé, veut notre départ
Partiras-tu sans jamais faire de vœux ?
Fais-le, fais-le, fais-le, fais-le
Fais-le je n’ai pas peur de mourir
Il faut toujours être deux pour partir
Tu reviens, tu re-rentres et tu ressors
Encore, encore, encore

Comme une odeur de drogue dans tes yeux de laine
Un poison violent qui rampe dans nos veines
On se drague, on se drame, on se crame
Et la nuit met les voiles
La guerre c’est la paix

Ta jupe d’étoiles se tourne et se retourne
Se prépare avec nous le repas des vautours
Viande enracinée dans la foi des mouvants
Je crois en toi comme prierait un mourant
Nous avons vu le jour dans un voile sordide
Nous avons cru la nuit pour échapper au vide
Nous aurions traversé le temps si la chance
Nous avait portée contre nos espérances
La guerre c’est la paix

La fosse aux branleurs

La place de verre s’active, les chevaux et les filles sont griffus
Tout de travers, on arrive, sur le dos de nos idées reçues   
Ça sent la clope, la mauvaise bière, et le sable des paradis blancs
Le tube pop résonne en prière contre les murs du faux-semblant

Dans le fumoir tu m’enfumes
De ton odeur d’agrume
Si près, si près encore
Que je confonds ton corps au décor

Mais qu’est-ce qu’on fout là ?
Mais qu’est-ce que c’est que ça ?
C’est la fosse aux branleurs 
Mais qui sont ces gens ?
Soulographes à plein temps
Dans la fosse aux branleurs

Kaléidoscopique, le monde est un mensonge frileux
Séquence palindromique, entre mes angoisses et ce rade bilieux
Où l’on se cogne au fond des verres vides de nos balbutiements
Comme des poissons fuyant leur bocal de mauvais sentiments

Sur la piste sans vie
Tu joues de ta magie
Si près de défaillir
Que je confonds ton corps au désir

Mais qu’est-ce qu’on fout là ?
Mais qu’est-ce que c’est que ça ?
C’est la fosse aux branleurs 
Mais qui sont ces gens ?
Soulographes à plein temps
Dans la fosse aux branleurs

Entends-tu ? C’est le chant des Sirènes,
Qui s’abat sur nos plaines là-bas
Les vois-tu ? Ils ont déjà tout pris,
Les jeunes, les vieux, les fous et les sains d’esprit
Et, toi, toi, toi,
Tu m’y entraines

On y va

Et on restera
Pour toujours toi et moi
Dans la fosse aux branleurs
Et on restera
Pour toujours toi et moi
Dans la fosse aux branleurs

 

Lyon va se coucher

L’été brillait de rose sur ta peau orangée
Aux couleurs estivales de tiédeurs arrangée
Nous parcourions le ciel d’un regard averti
Nos cheveux emmêlés d’une parfaite inertie 
Tu portais, je le crois, ta robe d’un bleu profond
Où les nuages venaient se noyer au fond

Ce fut un jour formidable, couchés sur la colline
Quand ton silence sans reproche m’a réappris à vivre

Qu’est-ce que la Lune est belle
Quand elle vient nous regarder
Que tu parais plus loin qu’elle
Quand Lyon va se coucher

L’été s’en allait sur nos corps enlacés
Aux fraicheurs estivales sous un air de premier
Nous marchions sur le temps tranquille et sans tourment
Nos cœurs imbriqués s’en allant au printemps
Tu portais, je le crois, ta peau au gout d’espérance
Où les astres eux-mêmes s’y laissaient en errance 

Ce fut un jour formidable, allongés dans les ruines
Quand ton silence sans reproche m’a réappris à vivre

Qu’est-ce que la Lune est belle
Quand elle vient nous regarder
Que tu parais plus loin qu’elle
Pendant que Lyon va se coucher

Où es-tu ?

Le vin est blanc et me dessine
Un vain espoir que tu te ravises
Que tu te déguises, que tu t’attendrisses
Versatile promesse que les brumes enfouissent
Le vin est blanc et me purifie
Le monde est noir quand je m’alanguis
Sur ton souvenir maudit qui répète
Que tout est à jamais, à jamais fini
Comme ça, comme un claquement de doigts
Pendant que moi je rame, je rampe vers toi
Je tombe aux pieds du sofa, j’exècre
Les râles, les balles, le bois que tu m’envoies

Mais où es-tu ?
Et avec qui tu me craches dessus ?
Mais que fais-tu ?
De toutes ces choses qui nous ont plu ?

Vain est le blanc qui en verre s’en prie
Vaine prière pour une vaine folie
Tu m’avais dit, oui tellement dit
Que rien n’en reste plus que débris
Le blanc est vin, me donne le tournis
Le monde est noir quand je vomis
Sur ton souvenir maudit qui décide
Mais les choses ont-elles le droit d’être finies ?
C’est facile de partir comme ça
Pendant que moi je rame, je rampe vers toi
C’est facile de se donner au sofa Pourquoi, pour rien, pour qui, un souvenir de toi

Mais où es-tu ?
Et avec qui tu me craches dessus ?
Mais que fais-tu ?
De toutes ces choses qui nous ont plu ?

Au cul de bouteille je pense au tien
Je te retiens d’un bout de rien
Au cul de bouteille je pense au tien
Qui me chante que tu reviens
Au cul de bouteille je pense au tien
Je te retiens d’un bout de rien
Au cul de bouteille je pense au tien  
Petite princesse au goût de vin

Mais où es-tu ?
Et avec qui tu me craches dessus ?
Mais que fais-tu ?
De toutes ces choses qui nous ont plu ?